Mercredi 16 janvier 2008
maia.jpeg J'avais 15 ans environ et cette chanson est entrée dans ma mémoire pour toujours. Il faut dire qu'elle n'était pas banale : rythme lancinant du piano, voix d'outre-tombe, ambiance à la Nosferatu, étrangeté troublante et inquiétante du texte. Le groupe de rock, originaire de Rennes, s'appelait Complot Bronswick. Et les textes étaient de Maiakovski. Ils étaient enfouis dans un repli de ma mémoire et ce soir, ils ressurgissent sans que je sache trop comment ni pourquoi. Ils me bouleversent toujours autant, par leur force brute d'évocation. A les lire aujourd'hui, on comprend que Le monde d'hier décrit par Zweig  n'est plus et que l'Europe s'est suicidée en 1914 pour entrer dans les ténèbres du premier XXème siècle, sans jamais totalement s'en remettre. zweig-monde-d-hier.jpg La croyance dans le progrès, le rapport au sacré et à la transcendance, le bouillonnement artistique et scientifique :  tout a sombré un jour d'août à Sarajevo. Rien ensuite ne sera comme avant : le voile a été déchiré et nous ne pouvons plus croire en rien.

Je reproduis ici le poème dans une traduction légèrement différente de celle de la chanson :

A vous toutes
qui avez plu ou plaisez,
icônes conservées dans la grotte de l'âme,
comme une coupe de vin pour un toast,
je lève mon crâne rempli de rimes.

Toujours plus souvent je me demande
s'il ne vaudrait pas mieux mettre
le point d'une balle à ma propre fin.
Aujourd'hui,
à tout hasard,
je donne mon concert d'adieu.

Mémoire !
Rassemble dans la salle du cerveau
la suite inépuisable des bien-aimées.
Verse le rire d'yeux en yeux.
Décore la nuit avec les noces passées.
Faîtes couler la gaîté de corps en corps.
Que personne ne puisse oublier cette nuit.
Aujourd'hui je vais jouer de la flûte
sur ma propre colonne vertébrale.
(1916, traduit par Claude Frioux, l'Harmattan)

maiakovski.jpeg Maiakovski dira de la guerre : "je l'ai accueillie avec émotion. D'abord, seulement sous l'angle décoratif, bruyant. Je fais des affiches de commande, évidemment tout à fait militaristes." Puis : "Premier combat. L'horreur de la guerre m'apparaît dans son entier... Pour parler de la guerre, il faut la voir". Il se suicidera à l'âge de 37 ans en avril 1930, d'une balle de revolver en plein cœur
 
Par Armance
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Mardi 15 janvier 2008
Je publie ci-dessous un éditorial paru le 12 janvier dans le quotidien suisse "Le Temps". Il me fait penser à cette phrase désabusée de Victor Ségalen, "le divers décroît".

hillary.jpeg "Avec la mort à 88 ans d'Edmund Hillary se clôt le chapitre de l'exploration terrestre à l'ancienne, lorsqu'il restait encore des montagnes à conquérir, des pôles à atteindre, des déserts à traverser. Cette virginité n'est plus. A part quelques abysses maritimes, icebergs à la dérive ou arpents de forêts tropicales, chaque hectare de notre planète a désormais été foulé du pied et percé d'un drapeau comme l'on plante des banderilles dans le garrot d'un taureau.

Le conquérant de l'Everest jetait sur le tard un regard navré sur ce qu'était devenu la plus haute des montagnes: une autoroute à parvenus suréquipés ainsi qu'une décharge à ciel ouvert. Il est vrai que les temps ont changé. Il y a un demi-siècle, son exploit avait mis cinq jours pour parvenir à Londres. Aujourd'hui, l'Internet à haut débit est installé dans le camp de base du monstre triangulaire. Il y a peu, un alpiniste parvenu au sommet de l'Everest a joint ses proches avec un téléphone portable. Temps réel, haute technologie, marketing, fanfaronnades.

Edmund Hillary, lui, était un héros humble. Il était plus fier de son travail humanitaire accompli pendant des décennies au Népal que de sa conquête himalayenne. Il vivait simplement, se montrait peu et n'en rajoutait pas, même si son portrait orne les billets de banque de son pays. Même s'il est considéré comme un dieu au pied des grandes montagnes.

La modestie n'est aujourd'hui plus possible lorsqu'il s'agit d'entreprendre une expédition, de réaliser un exploit, de devenir un héros. Il faut communiquer, se vendre et vendre les sponsors en même temps, tout en sachant bien qu'il n'y a plus de conquêtes ici-bas, que tout ou presque a désormais été réalisé. Il faut s'y faire: l'humilité n'est plus une valeur d'époque. "
Par Armance
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Samedi 12 janvier 2008
Je ne sais pas ce qu'est cette politique de civilisation dont parle soudainement Nicolas Sarkozy. Le moins qu'on puisse dire est qu'elle me laisse dubitative, tant elle est à cent lieues de la culture "bling-bling" qu'il promeut : un jour à Disneyland, le lendemain avec Bigard ou Johnny.

Mais si le mot civilisation a encore en sens, il reste pour moi lié à la langue, aux mots, à l'écrit. Il passe par la capacité à nommer, à se remémorer, à penser, à conceptualiser, à décrire. Sans doute, sous d'autres latitudes, la civilisation peut-elle s'épanouir en ayant un rapport très éloigné avec la langue et la l'écrit. Mais en Occident, et singulièrement en France qui est la patrie où la politique est fille du roman, où le pouvoir fraie avec la littérature, où la république est aussi celle des lettres, il paraît inconcevable d'imaginer une civilisation sans écrivains, sans intellectuels et sans lecteurs.

jfk.jpeg Or, Jean-François Kahn dans une interview récente, s'est déclaré très pessimiste sur l'avenir de la presse écrite. Il explique notamment que la baisse du niveau des jeunes lecteurs les empêche d'accéder aux quotidiens ou aux hebdomadaires.

Selon lui (Le monde du 5/01/07), "nous allons devoir changer notre mode d'écriture. Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette, parce que je suis d'une génération qui aime ces phrases cicéroniennes, c'est-à-dire une phrase construite, longue, avec des incidentes. Il faut des phrases plus courtes. Mais surtout intégrer que tout accident grammatical rend la phrase moins accessible. S'il y a huit ou neuf mots après le sujet, eh bien il faut répéter le sujet. Les gens ne connaissent plus beaucoup des mots que nous employons. (Il faut donc appauvrir son vocabulaire et ses références) car beaucoup de gens de moins de 40 ans n'ont plus les références d'avant. Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : "C'est une division du monde à la Yalta." Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle."

Ces propos pessimistes sur le contenu et l'avenir de la presse écrite en disent plus long sur le niveau réel de l'école que tous les rapports Thélot, les commissions Mérieu ou les comités Allègre. Ils traduisent l'effondrement de la langue, dans toutes ses dimensions : le vocabulaire, la syntaxe, les références culturelles.  En vingt ans, c'est comme si la langue française avait connu un nouveau Waterloo. Les responsabilités sont sans doute multiples : on mettra en avant les nouvelles technologies, l'effacement de la graphosphère devant la videosphère, le génie  (sic) de la langue des banlieues, etc...  Mais il ne faudrait pas exonérer de leurs responsabilités les Amis du Désastre qui nous ont seriné pendant vingt ans que le niveau montait, tout en vidant peu à peu l'école de ses contenus. Il faudra bien qu'ils rendent des comptes pour avoir sacrifié une génération (au moins) et contribuer à rendre le monde moins "civilisé". 
Par Armance
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Mardi 8 janvier 2008
sarko.jpeg La politique nationale n'a plus de pouvoir depuis que le pouvoir réel a migré de Paris à Bruxelles, que la mondialisation du capital a rendu désormais vaines les politiques économiques autonomes, et qu'une oligarchie a peu à peu vidé de sa susbtance les vieilles démocraties nationales.  Le roi est nu. Ce qui veut dire que, quel que soit le prince élu à Paris, la politique menée sera peu ou prou la même. Mais cet aveu est impossible à prononcer.

L'impuissance du roi devenu fainéant doit donc être masquée par une omniprésence communicationnelle. Moins il aura de pouvoirs réels, plus il aura de présence médiatique. Moins le personnage public aura d'importance, plus on exhibera la vie du personnage privé, avec ses inévitables passions, ses humeurs, ses émois. C'est le nouveau théorème d'Archimède de nos démocraties impuissantes : le pouvoir est d'autant plus visible qu'il est évanescent. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'exposition médiatique de Sarkozy aujourd'hui : on le voit d'autant plus exhiber son divorce, ses vacances, sa nouvelle femme qu'il sait ne plus avoir de marges de manoeuvre. Sarkozy à Louxor, Sarkozy à Pétra, Sarkozy sur le yacht de Bolloré, c'est l'hypercommunication maximale au service du vide. Le clinquant qui masque la misère du poilitique.

C'est peu dire que ce déballage impudique, ce manque de réserve, cette abolition de la frontière des sphères publique et du privée est navrante :  on peut (et on doit) la condamner. Pour autant, elle est sans doute inexorable. Elle n'est pas un accident de l'Histoire, une exception liée à la personne de Sarkozy ou de Berlusconi. Elle est la conséquence de la dépolitisation du monde, ou plutôt de la dénationalisation de la politique, le politique quittant les Etats-nations pour s'exercer dans les sphères économiques et médiatiques, sans frontières, et sans conre-pouvoir.

Plus le pouvoir perdra de sa subtsance, plus il s'exhibera dans Closer et au JT de TF1. De la même façon que les monarques de ce monde n'ont fait la Une de Paris-Match qu'à partir du moment où ils ont régné sans gouverner. C'est ce que Régis Debray appelle à juste titre "l'obscénité démocratique". Obscène, forcément obscène... 
Par Armance
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Mercredi 2 janvier 2008
fumeur.jpeg Pourra-t-on encore écrire, et même lire, à partir de ce début d'année 2008, ce que Molière faisait dire par Sganarelle dans Dom Juan ? "Quoi que puisse dire Aristote et toute la Philosophie, il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partout où l'on se trouve ? On n'attend pas même qu'on en demande, et l'on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d'honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent..."

Je ne fume pas : mais force m'est de constater que la croisade hygiéniste des anti-tabac me fatigue, depuis qu'ils sont convaincus de leur supériorié morale. Dès lors, au nom de leur appartenance auto-proclamée au camp du Bien, ils se croient permis d'accomplir le bien des autres contre leur volonté, avec la bonne conscience de ces soeurs catholiques en mission pour éradiquer la pauvreté dans le tiers-monde. Or, l'enfer est pavé de bonnes intentions : et en sauvant les fumeurs contre eux-mêmes, ces croisés néo-puritains tuent les lieux de convivialité que sont les cafés-tabacs, ces lieux où se rencontrent le prolo et le bourgeois, l'artiste et le manuel, la caissière et la femme de mauvaise vie. "Les parlements du peuple" comme les appelait Balzac. J'ai la faiblesse de penser qu'un homme qui ne se contrôle pas en permanence, qui baisse la garde en public, qui assume son imperfection, sa fragilité, ses zones d'ombre, a plus d'épaisseur que celui qui entend tout soumettre à la rationalité économique, au calcul, à la modération. Il faut que subsistent des marges dans une société normalisée, et le tabac constitue à mes yeux une de ces marges.

haddock.jpeg J'aime par exemple, y compris dans ces excès, les propos de cet ami contempteur des ligues anti-tabac : "les anti fumeurs sont, qu'ils le sachent ou non, les ennemis de la rêverie, de la poésie, des pauvres, des riches, des bistrots, de l'amour, de la vie, de la mort, des taulards, du passé, de nos souvenirs, de nos ancêtres, de Gainsbourg, de Sartre, de la nuit, du petit matin, de la rue, du rock, du jazz, des suicidés, des fantasmes, de l'elegance, du plaisir, du charme, du sexe, de l'humour, de la France, de l'Europe, de l'Afrique, des Etats-Unis, de l'alcool, du cinema, de la litterature, de l'amitié, de l'audace, de la colère, de la philosophie, de la discussion, de la nostalgie, du bien, du mal, de l'ivresse, du capitaine Haddock, de Brel, des sages, des fous, de Freud, de la jouissance, des idées, du vin, des paysans, de la mémoire, de la beauté...". Le tabac est définitivement du côté de la littérature et de la politique : combattre le tabac, c'est assasiner la force incontrôlée du roman au profit de la communication aseptisée, c'est  renoncer à la volonté politique et aux utopies créatrices pour se prosterner devant les Déesses Résignation et Fatalité, .

muray.jpeg Surtout, la croisade anti-tabac, avec son côté obessionnel, en dit long sur notre société où le souci de soi, de son corps, de son apparence, de sa longévité semblent l'emporter sur tout le reste. La vie semble se résumer à ça : la survie jusqu'à 100 ans, sans plaisirs, sans déplaisirs. C'est l'idéologie de l'époque, que la publicité, les émissions télés ou les magazines, avec leurs corps parfaits, nous vantent ad nauseam : surtout ne pas vieillir, ne pas voir sur son corps les traces du temps, ne pas montrer sur nos gueules ridées les stigmates de nos regrets et de nos remords. Pathétique refus de la vie dans ce qu'elle contient d'incontrôlable, d'immaîtrisable. Autant en effet refuser de vivre et se cloîtrer dans des cages à lapins transformés en laboratoires aseptisés. Le monde sans tabac est celui d'une société de la compétition, de la performance, du contrôle de soi : la société conviviale (clin d'oeil à Illich) y perd encore un peu plus.

Il est une époque, celle des Molière, Stendhal, Balzac, Sartrre, Frank, Gainsbourg où l'individu s'effaçait derrière le citoyen, le salarié, l'habitant du quartier, le voisin ; où l'on se souciait moins de son corps que d'avoir une vie pleine ; où l'on se préocuppait moins de soi que des siens ou des autres ; où l' on s'intéressait moins à sa longévité qu'à sa postérité (enfants ou oeuvre). Epoque révolue: comme le disait le regretté Philippe Muray, faudra-t-il demander demain pour les fumeurs, maintenant qu'ils sont une espèce en voie de disparition, le droit à la discrimination positive ?
  
Par Armance
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Mardi 1 janvier 2008
gracq.jpeg Julien Gracq vient de nous quitter. Je n'étais pas familier de ces romans mais j'avais lu " En lisant, en écrivant"  (je n'arrive pas à mettre la main dessus d'ailleurs, et cela m'agace). Je me souviens aussi de ses entretiens avec Jérôme Garcin dans le Nouvel Observateur, quand ce dernier allait le visiter à Saint-Florent-le-Vieil, aux bords de cette Loire si majestueuse à cet endroit, géante paisible non encore domestiquée par les barrages, et qui donne tout son sens à la "douceur angevine".

C'est peu dire que Gracq était devenu étranger d'un monde où la littérature n'était plus au mieux qu'un supplément d'âme, un vernis culturel pour briller chez Guillaume Durand.  Dans ce monde si affairé qu'il ne prenait plus le temps de se poser, Graq avait eu cette phrase si juste dans sa concision :  "tant de mains pour transformer le monde, si peu de regards pour le contempler". Qu'il en soit remercié. 
Par Armance
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Mardi 1 janvier 2008
C'est peu dire que Stendhal est tombé en désuétude aujourd'hui : qui le lit encore, si l'on excepte les  apprentis bacheliers à qui l'on s'évertue dans les lycées à enseigner une littérature dont ils n'ont que faire à l'heure des Myspace, Facebook et Ipodmania. Alors, Armance, le moins connu des romans du maître, vous pensez. Pfff... Je pense pourtant qu'il n'y a pas plus actuel que Stendhal aujourd'hui :

  • Stendhal est un républicain, admirateur de Napoléon et pourfendeur des deux Restaurations. A une époque où le "bling bling" triomphe, où la petite-bourgeoise des parvenus impose aux autres son idéologie du travail, où le souci de s'enrichir et de consommer semble être devenue une fin en soi, lire Stendhal est un bon antidote.
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  • Stendhal n'est pas un démocrate : il dénonce l'égalitarisme tocquevillien qu'il a en horreur. "Je m'ennuierais en Amérique, au milieu d'hommes parfaitement justes et raisonnables si on veut, mais grossiers, mais ne songeant qu'aux dollars. Ils me parleraient de leurs dix vaches, qui doivent leur produire au printemps dix veaux ; et moi, j'aime à parler de l'éloquence de M. Lammenais. Je ne puis vivre avec des hommes grossiers, si vertueux qu'ils soient. Je préfère cent fois les moeurs d'une cour corrompue". On lit ici une critique radicale de l'homo démocratus, qui a troqué l'admiration et la trancendance pour des préoccupations temporelles fondées sur le seul calcul économique rationnel. Dominé par sa passion pour l'égalité, l'homme s'est inexorablement désséché, et le matérialisme l'a vidé peu à peu de toute vie de l'esprit. Dès lors adieu la littérature, adieu les humanités, adieu la gratuité et la gratitude, adieu même le beau langage et place à stendhal.jpeg la course aux places, au gain, sans égards et manières.  Tout se mesure désormais armance.jpeg en une seule échelle, celle des euros : et chacun essaie d'accumuler le plus possible, en "travaillant plus", en trichant, ou en jouant aux nombreuses loteries et jeux télévisés, avec le rêve secret d'acheter le même écran plasma, la même voiture, le même ordinateur que le voisin. Plus aucune tête ne dépasse, plus de passion dissidente ne se révèle, plus d'excentricité ne se fait jour : même les rêves sont uniformisés, alignés sur ceux de la concierge qui rêve de gagner au loto. L'égalité est sans doute une des vertus antiques qu'il faut rechercher dans nos sociétés libérales : le risque cependant elle qu'elle ne devienne l'aune unique avec laquelle on mesure les effets de toute politique. Or, une société qui ne serait qu'égalitaire serait ennuyeuse : voir feu la société soviétique ou les actuelles sociétés scandinaves. Stendhal nous rappelle que l'homme n'est pas unidimensionnel et que l'argent, fût-il gagné honnêtement, ne suffit pas à former un homme de valeur.
  •  
  • Enfin, Stendhal est follement ambigü : républicain mais pas démocrate ; de gauche mais aussi de droite ; romantique mais aussi politique ; littéraire mais avec un style emprunté au Code Civil; aimant le peuple mais se refusant à vivre avec lui ; lu par des millions de lecteurs mais ayant dédicacé la Chartreuse de Parme aux "happy few".
Stendhal est ainsi l'esprit libre et frondeur par excellence.  C'est donc à lui que ce blog est dédié.
Par Armance
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